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Posted on 10 Avr 2010 in Face aux experts

Selon cet expert : « le Mouvement Raëlien mérite d’être traité de la même façon que des religions telles que le catholicisme, le bouddhisme, l’islam et le judaïsme »

Selon cet expert : « le Mouvement Raëlien mérite d’être traité de la même façon que des religions telles que le catholicisme, le bouddhisme, l’islam et le judaïsme »

Alain Bouchard, sociologue des religions, extraits de son étude du 9 avril 2010.

Définir la religion c’est mettre de l’ordre dans le vaste domaine des phénomènes sociaux. Pour être opérationnelle, une définition doit délimiter le champ qu’elle veut décrire. Elle doit être assez large pour inclure toutes les formes de religions, tout en excluant les phénomènes similaires qui ne sont pas religieux. Par exemple une bonne définition doit différencier l’appartenance religieuse à l’adhésion à un club social. Une définition est une stratégie d’investigation et non pas La Vérité sur objet d’étude. C’est pourquoi il existe plusieurs types de définitions pour circonscrire le phénomène religieux. Traditionnellement, on identifie deux stratégies utilisées par les spécialistes des sciences humaines des religions.

La première stratégie, dite « substantiviste », définit la religion par le contenu des croyances. Cette approche est restrictive car elle veut restreindre le nombre de catégories typiquement religieuses. Par exemple le sociologue Bryan Wilson, soutient qu’il n’y a de religion que s’il y a croyance au surnaturel et utopie sociale. L’autre alternative est la stratégie « fonctionnaliste » qui définit la religion par ses fonctions sociales. Cette approche extensive est utilisée par le sociologue allemand Thomas Luckman qui plaide pour une considération large du cosmos sacré des sociétés industrielles. Luckman dans sa définition de la religion inclut des phénomènes comme le marxisme, l’humanisme et le mouvement du potentiel humain.

Pour notre besoin immédiat, nous avons choisi la stratégie substantiviste car elle nous permet de limiter les pourtours du champ religieux et d’identifier des catégories précises. La définition de base que nous avons retenue, est celle de Milford E. Spiro qui présente la religion comme: « une institution qui régit, selon des modèles culturels, les relations des hommes avec les êtres surhumains dont la culture postule l’existence. »[1] Avec cette définition on peut dégager quatre dimensions qui nous permettent d’isoler un concept opératoire. Ce concept est le fruit des réflexions de C.Y. Glock[2] qui en analysant les travaux des autres chercheurs dans le domaine, dégagea divers aspects de la religion qui peuvent être observés et mesurés. Glock considère l’objet religieux comme un concept à quatre dimensions qu’il nomme dimension expérientielle, dimension ritualiste, dimension idéologique et dimension conséquentielle.

La dimension expérientielle couvre les sentiments, les perceptions et les sensations ressentis par un sujet, ou définis par un groupe religieux ou une société comme impliquant une communication avec la réalité première ou avec l’autorité transcendante. La dimension idéologique inclut toutes les représentations ou croyances, sur la nature de la réalité première et sur la finalité. La dimension ritualiste vise les actes accomplis dans le cadre de la vie religieuse. La dimension conséquentielle concerne la mise en pratique des principes religieux dans la vie quotidienne; elle s’intéresse plus au mode de relation des hommes à la réalité première. Ces dimensions sont utilisées comme cadre principal de référence pour saisir la religion ou l’objet religieux, elles visent à rendre compte du réel.

En tenant compte de ces remarques, on pourrait maintenant proposer un cadre d’analyse qui nous permettrait de qualifier de religieux toute organisation qui répond aux critères suivants:

1) Être une institution, c’est-à-dire un système culturel, une structure sociale avec des normes et des valeurs…   

Le Mouvement Raëlien a élaboré une structure afin de répondre à la demande des Élohim de diffuser leur message. Le Mouvement Raëlien est un organisme sans but lucratif doté d’une charte dont la mission est : 1. De diffuser les messages des Élohim dans tous les pays et dans toutes les langues; et 2. D’édifier l’ambassade car les Élohim viendront contacter les dirigeants de la planète. Pour ce faire, cette religion a mis en place une hiérarchie et des techniques de diffusion qui sont semblables à celles d’autres religions qui utilisent une structure et des moyens de diffusion comparables ( évangélisation chrétienne, apostolat bouddhiste…).

  
2) qui régit les relations avec les êtres surhumains, c’est-à-dire possédant un pouvoir supérieur à celui de l’homme…   

Une des caractéristiques importantes d’une religion est l’affirmation qu’il existe un principe suprême que certains appellent Dieu, Énergie ou Grand Tout… Dans le cas de la religion raëlienne, ce principe est incarné par les Élohim. Comme nous l’avons vu plus haut, on peut voir les extraterrestres comme des représentations qui sont du même registre que les dieux des religions judéo-chrétiennes. Le concept de Dieu est alors interprété à la lumière de la science moderne.

3) dans les dimensions expérientielle, ritualiste, idéologique et conséquentielle.

Pour la religion raëlienne, la dimension expérientielle tourne autour de la pratique de la méditation sensuelle. La méditation sensuelle constitue le «mode d’emploi» donné aux hommes pour leur apprendre à se servir des possibilités harmonisatrices de leur cerveau. L’homme est relié à l’infini qui l’entoure et qui le compose par ses capteurs; les sens. Développer sa sensualité, c’est développer sa capacité de se sentir relié à l’infini, de se sentir infini soi-même. Le stage d’éveil porte sur l’épanouissement de l’individu par la méditation sensuelle, débouchant sur l’éveil de l’esprit par l’éveil du corps.

Dans presque toutes les religions, on retrouve des actes individuels ou collectifs qui sont posés à des moments déterminés, d’une façon déterminée, et qui, à première vue, ne  semblent pas avoir une utilité pratique et qui vont même contre l’utilité immédiate. Ces actes sont appelés rites. Les rites peuvent s’exprimer dans des gestes, des habitudes alimentaires ou tout autre moyen impliquant le corps et ses cinq sens. La religion raëlienne n’échappe pas à cette dimension (transmission du plan cellulaire, méditation quotidienne, faire des dons, rencontre annuelle, formation et partage, prélèvement de l’os frontal au moment de la mort, …).

La dimension idéologique est la section d’une religion où nous retrouvons la systématisation des idées, des croyances et des dogmes du groupe. C’est ce que nous nommons la théologie. Toute religion élabore avec les années un discours sur la réalité suprême, sur ses représentants sur terre et sur nos origines et notre destinée. Le Mouvement Raëlien a élaboré elle aussi cette dimension (Raël est le paraclet, religion athée,  à pour base l’amour et pour doctrine l’infini, enseignement concernant l’individu, la société, la nature et l’univers, liberté sexuelle et d’expression, immortalité biologique grâce au code génétique permettant une recréation du corps, porter le médaillon).

La dimension conséquentielle concerne la mise en pratique des principes religieux dans la vie quotidienne; elle s’intéresse plus au mode de relation des hommes à la réalité première. Pour les raëliens, chacun devrait être libre de vivre sa vie mais pas au détriment de la vie d’un autre. La liberté de chacun s’arrête où commence celle de l’autre. Le seul interdit raëlien: ne nuire, en aucune manière, à la liberté des autres.

Ce rapide parcours nous permet à notre avis d’avancer que le Mouvement Raëlien mérite d’être traité de la même façon que des religions telles: le catholicisme, le bouddhisme, l’islam et le judaïsme.

 


[1] Spiro, Milford E. « La religion. Problèmes de finition et d’explication » dans Bradbury, R.E. et al. Essais d’anthropologie religieuse. Paris, Gallimard, 1972, p.121.

[2] Glock, Charles Y. « Y a-t-il un réveil religieux aux États-Unis? » dans Boudon, R. et P. Lazarsfeld. Le vocabulaire des sciences sociales. Paris, Mouton, 1965, p. 49-59.

 

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