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Posted on 24 sept 2014 in Principal

Manipulation mentale

Manipulation mentale

Au sujet de la manipulation mentale et de l’équilibre psychologique des raëliens

Par Daniel Chabot, psychologue, professeur de psychologie (extrait).

Depuis plusieurs années, les journalistes affirment allègrement que Raël abuse de la crédulité des gens qui sont faibles et démunis mentalement.

Examinons deux aspects psychologiques de la manipulation mentale:

  1.  la manipulation mentale
  2.  la faiblesse d’esprit et l’état psychologique des gens qui adhèrent à la religion raëlienne.

Commençons par le second point.

L’état psychologique des raëliens

Très souvent les journalistes et mêmes les supposés spécialistes du phénomène des «sectes» nous disent que Raël abuse de la faiblesse d’esprit des gens. Selon eux, ceux qui adhèrent au Mouvement Raëlien sont des gens fragiles moralement, avec des carences affectives, intellectuelles et sociales importantes et qui ont beaucoup souffert dans leur vie, etc. Bref, si l’on s’en réfère à tous ceux qui répètent ce cliché largement répandu, les raëliens sont des gens qui ont de fortes lacunes au plan psychologique et qui sont tombés dans les filets que leur a tendus le méchant Gourou.

Disons-le tout de suite : que des gens vivant beaucoup de solitude dans notre société et empreints de certaines carences affectives puissent s’approcher du Mouvement Raëlien et y trouver ce qu’elles ont émotionnellement besoin est un phénomène qui existe.

Les raëliens sont ouverts, chaleureux et respectueux des êtres humains et particulièrement de ceux qui sont différents. Il est donc tout à fait normal que des gens en besoins émotionnels puissent y trouver un certain réconfort.

Alors, oui, il y a un faible pourcentage de personnes qui rejoignent le Mouvement Raëlien en état de déséquilibre ou de faiblesse psychologique, mais cela est vrai pour TOUTES les religions.

Lorsqu’on parle de ce phénomène dans les religions majoritaires, on dit avec admiration que leur foi en Jésus a sauvé certaines personnes du suicide ou du désespoir. On encourage même le public, pour paraphraser nos détracteurs, à aller vers les religions traditionnelles dans ces moments de déséquilibre psychologique, comme c’est le cas par exemple après un drame familial ou comme ce fut beaucoup le cas après les attentats du 11 septembre. Il y a même certains milieux scientifiques réputés, comme cet hôpital anglais, qui propose aux malades incurables du cancer les services d’un prêtre catholique. Et là tout le monde trouve ça bien… Mais si les religions minoritaires rendent le même service social, alors là on hurle qu’il y a abus des personnes en déséquilibre… Deux poids et deux mesures explicables seulement par un jugement de valeur sur la croyance. Il y a les bonnes croyances traditionnelles et les nouvelles, qui sont automatiquement dangereuses.

Toutefois, quelque chose de bien particulier caractérise ce type de visiteurs : soit ils restent dans le rang de ce que nous appelons «les raëliens sympathisants», soit tout simplement ils passent et on ne les revoit plus. Chose certaine, ils ne s’impliquent pas dans la structure organisationnelle ou s’ils le font, c’est pour une très courte période après quoi ils quittent. Deux raisons expliquent pourquoi ces gens ne restent pas impliqués dans la structure :

Primo, parce qu’ils correspondent à un profil d’individus qui ont l’habitude de se promener d’organisation en organisation, de groupe en groupe. A titre d’exemple, j’ai, tout au long de ma carrière, donné beaucoup de cours du soir à l’éducation des adultes. Presque chaque fois que je donnais un cours, il y avait un, deux ou trois étudiants qui correspondaient exactement à ce profil. Ils suivaient des cours du soir parce que ça leur faisait du bien disaient-ils. Ça leur permettait de sortir de chez eux, de briser leur solitude, de rencontrer des gens, de se divertir, etc. Certains étaient même encouragés à le faire par un médecin, un travailleur social ou une personne significative pour eux. C’était important pour leur équilibre psychologique. Toutefois, comme les principaux facteurs qui motivent l’inscription à un cours du soir ne sont pas, disons, «académiques», ces personnes vivent souvent un échec lors des premières évaluations du cours et en viennent à abandonner celui-ci. Mes informations ne sont que le fruit d’observations personnelles, mais je dirais que pratiquement 100% des gens qui viennent suivre un cours du soir au cégep pour les motifs énumérés plus haut, abandonnent avant la fin. Par la suite, soit ils trouvent autre chose pour se divertir, soit, malheureusement pour eux, ils retournent se réfugier dans leur solitude.

Un phénomène similaire se produit pour un pourcentage de personnes qui viennent au Mouvement Raëlien. Comme ils se promènent de groupe en groupe, ils font un passage chez les raëliens et constatent, après un certain temps, que ça ne répond pas à leurs aspirations, leurs besoins ou leurs croyances. Les raisons premières pour lesquelles ils venaient au Mouvement Raëlien n’ayant été que partiellement comblées.

L’autre raison pour laquelle ils ne restent pas, et qui est sans doute plus importante que la première, c’est parce qu’ils n’ont pas les ressources psychologiques pour rester dans le Mouvement Raëlien et assumer tout ce qui vient avec. Il faut en effet avoir une grande force psychologique pour se présenter à son travail, dans sa famille, auprès de ses amis et connaissances, symbole de l’infini au cou, et dire et défendre avec fierté et assurance que l’on est Raëlien. C’est exactement comparable à ce que peut vivre tout individu ayant des intérêts ou des activités en marge de la norme sociale. Prenons par exemple les homosexuels (et imaginez comment cela pouvait être il y a une trentaine d’années). Imaginez ce qu’ils ont pu ressentir à l’époque où on qualifiait leur orientation sexuelle de péché, de maladie mentale, de déviance, de perversion, etc. Imaginez la souffrance psychologique qu’ont pu vivre des milliers de personnes enfouies dans le silence de leur secret intime qu’aucun ne pourrait jamais comprendre et encore moins accepter. Imaginez le malaise intense chaque fois qu’ils entendaient les blagues grossières et méprisantes sur les homosexuels. Imaginez le rejet incroyable qu’ils pouvaient ressentir auprès de leurs confrères et consoeurs d’école ou de travail. Pas surprenant qu’autant se soient suicidés et se suicident encore. Une étude récente, menée par le professeur Michel Dorais de l’Université Laval, révèle que le taux de suicide est de six à 10 fois plus élevé chez les jeunes homosexuels comparativement aux hétérosexuels [4].

Or, les difficultés auxquelles font face les raëliens dans leurs milieux sont tout à fait comparables aux homosexuels, mais avec un taux de suicide pratiquement nul. Et c’est remarquable. S’afficher ouvertement comme Raëlien, c’est de plus en plus s’exposer à la désapprobation de son milieu familial, scolaire et professionnel, à la stigmatisation, au rejet et à l’isolement social, à la violence verbale.

J’entends déjà les colporteurs de clichés que sont les journalistes répéter que les raëliens sont parano et se sentent persécutés chaque fois qu’on les critique. Il serait intéressant qu’un brave journaliste fasse l’expérience pendant quelques semaines de dire et d’afficher qu’il est raëlien dans son entourage, à son travail et dans sa famille. On applaudit le courage de Brigitte McCann et de Chantal Poirier pour s’être infiltrées dans le Mouvement Raëlien pendant neuf mois. Mais ont-elles eu le même courage à l’extérieur de notre organisation ? Ont-elle eu l’audace de se faire passer pour des raëliennes partout où elles sont passées, histoire de vivre totalement l’expérience et de pouvoir en parler ? Ont-elles dit à leurs collègues du Journal de Montréal qu’elles étaient devenues raëliennes ? Portaient-elles leur symbole raëlien au cou partout et tout le temps ? Évidemment non ! Au contraire, elles admettent que chaque fois qu’elles faisaient des activités publiques avec les raëliens, elles avaient peur de rencontrer quelqu’un qu’elles connaissaient. C’est sans doute la raison pour laquelle elles sont allées à New York pour diffuser sur la rue. Loin des gens susceptibles de les reconnaître !

Voilà donc pourquoi les gens moindrement faibles psychologiquement ne restent pas dans le Mouvement Raëlien. Une proportion peut bien sûr épouser la philosophie et les fondements de la religion raëlienne sans pour autant s’afficher comme tel. Beaucoup le font d’ailleurs et c’est de plus en plus compréhensible, parce qu’il faut être fort pour être raëlien. Il faut développer des ressources intérieures énormes pour vivre et être heureux dans l’adversité subie par les raëliens. Contrairement à ce qui est parfois véhiculé, les raëliens n’ont pas de communauté où se réfugier. Les raëliens ont leur propre appartement ou maison, ils travaillent normalement, ils s’intègrent dans leur milieu ; bref ils vivent dans la société normale. On peut comprendre ces groupes religieux qui se rassemblent en communauté pour y vivre librement leur spiritualité sans jugement et sans adversité. Mais ce n’est pas le cas du Mouvement Raëlien. C’est pourquoi il y a autant de gens qui sont intéressés à la philosophie raëlienne, mais qui disent qu’ils n’ont pas la force de l’afficher.

En réalité, il y a au Québec, en France, en Suisse et en Belgique au moins dix à vingt fois plus de «raëliens-dans-l’âme» que ceux qui sont officiellement répertoriés dans les fichiers de l’organisation. Une quantité innombrable de personnes gravitent autour du mouvement raëlien, viennent y faire un tour à l’occasion en rappelant qu’ils sont raëliens dans leur coeur, mais que pour l’instant ils ne peuvent pas s’impliquer ou s’afficher ouvertement. Le «noyau dur» que représentent les cadres raëliens, ceux qui se font insulter régulièrement sur la rue, ceux qu’on traite dans les médias de gens vulnérables, de manipulés par leur gourou, de gogos des extraterrestres, de zouaves, de faibles d’esprit, de dépressifs et même de malades psychiatriques sont au contraire extrêmement forts et équilibrés. Ceux qui ont le courage d’être raëlien et de l’afficher sont remarquables, alors que ceux qui ne l’ont pas méritent toute notre compassion, notre indulgence et notre respect. Des membres actifs et impliqués depuis plusieurs années décident parfois de quitter la structure pour prendre un répit ou encore pour refaire leurs forces. Fréquemment, ces mêmes personnes reviennent après quelques semaines, mois ou années. Par ailleurs, il y a régulièrement des personnes qui vont suivre les stages et rejoindre la structure plusieurs années après avoir découvert les messages. La grande majorité de ceux-ci disent qu’ils n’étaient pas prêts, qu’ils avaient des choses à régler au plan personnel ou encore qu’ils n’avaient pas la force de le faire avant.

Mais revenons un instant sur la question de la santé mentale des raëliens. Ou plutôt parlons de la santé mentale de la population en général tel que révélé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) :

« Le Consortium international de l’OMS pour l’Épidémiologie psychiatrique a examiné les données portant sur 30 000 personnes dans sept pays – Allemagne, Brésil, Canada, États-Unis d’Amérique, Mexique, Pays-Bas et Turquie. Les chercheurs ont constaté que 48 % des sujets des Etats-Unis étaient confrontés à au moins une affection mentale pendant l’existence contre 40 % aux Pays-Bas, 48 % en Allemagne, 37 % au Canada, 36 % au Brésil, 20 % au Mexique et 12 % en Turquie [5].»

Fort probablement que les proportions en France ressemblent de celles des USA et du Canada. Ce qui veut dire que c’est 2 600 000 personnes au Québec et en Suisse, et 26 millions en France qui auront un trouble mental pendant leur existence [6]. Si l’on ajoute à ces chiffres la déficience intellectuelle, l’inadaptation sociale, l’incompétence parentale, les comportements compulsifs, les actes autodestructeurs, et bien d’autres problèmes humains non répertoriés par les organisations de la santé mentale, le grand total de gens vulnérables et affectés au plan psychologique correspond à une majorité de la population.

Ces chiffres veulent dire une chose très simple. Tous ces journalistes et tous ceux qui colportent que les minorités religieuses comme le Mouvement Raëlien n’attirent que les faibles d’esprit et les vulnérables mentalement, doivent admettre qu’ils sont eux-mêmes entourés de gens qui présentent ce type de caractéristiques psychologiques. Il y en a dans leur famille, dans leur groupe d’amis, dans leurs collègues de travail. Il y en a même parmi ceux qui traitent les raëliens de faibles d’esprit et de dépressifs. Les problèmes de santé mentale ne concernent donc pas les minorités religieuses. Ce problème concerne une majorité de la population dite normale !

Donc, je veux bien que l’on parle de la santé mentale des raëliens. Mais pour ce faire, on doit bien s’assurer de connaître l’étendue de la question et surtout bien comprendre qu’il y a risque de se voir soi-même plaquer une des étiquettes que l’on cherche à mettre sur les autres. Je lance d’ailleurs une invitation à tout chercheur indépendant et sérieux à venir investiguer scientifiquement cette question dans le Mouvement Raëlien. Il existe des outils qui permettent d’étudier avec sérieux ce sujet et de recueillir des données fiables qui permettraient de comparer objectivement l’état de santé mentale des raëliens à celle de la population en général.

La manipulation mentale 

Voilà une autre tare dont sont affligés les sectes en général et les raëliens en particulier. manipulationOn traite allègrement Le Maitreya Raël de manipulateur et les raëliens de pauvres victimes abusées et manipulées.

Positionnons clairement la question. Ou bien la manipulation mentale n’existe tout simplement pas, ou bien elle existe et elle est présente partout : en politique, en communication, en publicité, en vente, en marketing, dans les relations interpersonnelles et … dans les grandes religions.. Mais chose certaine, si elle existe, elle n’est pas exclusivement réservée aux méchants gourous des sectes. Ce qui est étonnant, et fort suspect d’ailleurs, c’est que le qualificatif de manipulateur ne soit généralement réservé qu’aux leaders des minorités religieuses et que les grands chefs religieux comme le Pape, les Évêques, le Dalaï-lama, les Ayatollahs, les Rabbins, etc. en soient préservés. Examinons quelque peu ce phénomène (à moins que ce ne soit en réalité qu’un épiphénomène… on verra bien).

Disons tout d’abord que «l’endoctrinement», «la manipulation mentale» et «le lavage de cerveau» sont des concepts qui ne font absolument pas partie du langage de la psychologie scientifique. Il est important de bien comprendre que ces concepts n’ont jamais fait l’objet d’études scientifiques contrôlées et que l’American Psychological Association (APA) a déclaré, dans un mémoire déposé à la Cour Suprême de la Californie, que les théories de la manipulation mentale étaient considérées comme «non acceptées par la communauté scientifique, qu’on les appelle « lavage de cerveau », « manipulation mentale » ou « persuasion coercitive »» [7]. Tous ces termes sont utilisés uniquement par des pseudo-spécialistes de la question et repris par les journalistes et la population en général qui ne fait que répéter ce qu’elle entend sans aller plus loin dans sa réflexion. Pour eux, la manipulation mentale est au coeur de la problématique des sectes. Sans manipulation mentale, prétend l’un d’eux, il ne peut exister de secte puisque selon lui, «la manipulation mentale prive le sujet de tout libre arbitre et de toute capacité d’analyse le plaçant en situation de réceptivité totale vis-à-vis des discours de manipulateurs.[8] »

Mais si la manipulation mentale n’est pas un concept proprement dit de la psychologie scientifique, pourquoi en parle-t-on autant et pourquoi lui accorde-t-on autant d’importance et de pouvoir ?

Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que les notions d’endoctrinement, de manipulation mentale et de lavage de cerveau sont articulées à partir de phénomènes qui ont eux été étudiés et largement diffusés en psychologie. L’un des articles qui est le plus souvent cité sur les sites internet «anti-sectes» qui font référence à la manipulation mentale est celui publié dans la revue «La recherche» de septembre 1988 ( n° 202 ) et qui s’intitule «La psychologie de la soumission» de Jean-Léon Beauvois, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble et de Robert-Vincent Joulé, professeur de psychologie sociale également à l’université de Provence [9]. Ce qu’il faut souligner ici, c’est que Beauvois et Joulé ne visaient nullement le problème de la manipulation exercée par les minorités religieuses, mais se sont attardés plus largement aux problèmes de manipulations et d’influences auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés. La compréhension fondamentale qu’il faut retirer de tous les auteurs sérieux qui ont abordé la notion d’influence sociale, c’est que la manipulation mentale, telle qu’on l’entend généralement, n’existe pas. Ce qui existe c’est l’intervention qu’on exerce sur les conditions extérieures pour influencer le comportement des gens. C’est ce que font tous les jours les spécialistes du marketing, de la publicité et de la propagande politique.

Donc, ce qu’il faut comprendre, c’est que la plupart des «théories» de la manipulation mentale sont articulées à partir d’un amalgame de concepts issues des théories sur les motivations sociales et de la psychologie sociale très bien connus tels :

  • L’obéissance et la soumission
  • Le conformisme et la conformité
  • Les techniques de persuasion et de l’engagement

La théorie de l’obéissance et de la soumission fait principalement référence à la célèbre expérience de Stanley Milgram [10], qui a consisté à placer des gens recrutés grâce à une annonce dans un journal, dans une situation où il leur était demandé d’administrer des chocs électriques d’intensités variables (de 15 à 450 volts) à des sujets à qui on demandait de mémoriser des mots. En réalité, les sujets qui devaient apprendre les listes de mots étaient des comédiens et ne recevaient aucun choc électrique. Milgram voulait voir combien de personnes allaient administrer le choc maximum et fatal de 450 volts.

La théorie du conformisme, principalement étudiée par Solomon Asch [11], découle pour sa part d’une expérience où les sujets étaient en présence de complices des expérimentateurs, et où il était demandé à chacun de repérer laquelle des lignes présentées à l’écran était de la même longueur que la ligne repère. Après quelques évaluations exactes, tous les complices commençaient à donner une réponse erronée. Asch voulait savoir combien de personnes allaient donner le même type de réponse que le reste du groupe, même s’il était évident qu’elle était fausse.

Les techniques de persuasion et d’engagement concernent quant à elles tout ce qui a trait aux méthodes destinées à pousser les individus à la consommation d’un produit ou à l’adoption d’une attitude ou d’un comportement. Ces techniques, qu’il serait trop long de décrire ici, sont très utilisées en vente, marketing et publicité et leurs résultats sont parfois faramineux [12]. Ils réfèrent notamment à une version plus «soft» de la soumission qu’ils nomment la «soumission librement consentie».

Ces trois champs théoriques sont très souvent utilisés comme référence pour appuyer la thèse de la manipulation mentale opérée par les «gourous des sectes». Cet amalgame, il faut bien le comprendre, est en réalité une grossière erreur d’attribution de phénomènes psychologiques qui découle d’une incompréhension fondamentale des théories en question. Trois choses importantes doivent être mise de l’avant ici.

Premièrement, la proportion de la population qui fait partie d’une minorité religieuse est très faible. Elle est estimée à environ 5,4% de la population [13]. Comme le dit si bien Alain Bouchard : «nous sommes donc loin du raz-de-marée destructeur contre lequel une certaine littérature populaire nous met en garde». D’après des études relatées par Bouchard, 75% des gens qui adhèrent à une minorité religieuse quittent à l’intérieur de 3 ans et 85% de ceux-ci disent avoir vécu une expérience positive.

Deuxièmement, les phénomènes d’obéissance et de soumission, de conformisme et de persuasion concernent la majorité de la population. Rappelons en effet que dans l’expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l’autorité, c’est 62% des sujets qui sont allés jusqu’à 450 volts.

Une autre expérience qui consistait à appliquer une violence morale au lieu d’une violence physique, a montré que le taux d’obéissance atteignait tout près de 92% des sujets [14]. Rappelons aussi que dans l’expérience de Solomon Asch sur le conformisme, les résultats sont similaires à ceux de Milgram. En fait, le tiers des sujets se sont conformés à l’opinion de la majorité et 76% l’ont fait au moins une fois pendant la tâche. Ce qu’il faut bien savoir de cette expérience, c’est que la tâche était excessivement simple. La personne qui se conformait savait très bien qu’elle était en train de donner une mauvaise réponse. Enfin, rappelons que les techniques de persuasion et d’engagement appliquées dans différentes situations peuvent conduire à augmenter substantiellement l’obtention d’un comportement [15]

Troisièmement, les deux expériences classiques de Milgram et de Asch, ainsi que les applications massives des techniques de persuasion et de l’engagement en marketing et publicité nous apprennent que les personnes qui décident d’adhérer à une minorité religieuse et surtout qui décident d’afficher ouvertement leur choix, appartiennent non pas à la majorité de ceux qui se soumettent et se conforment,  mais à une minorité qui décide d’aller à l’encontre de l’ensemble.

Donc, décider sciemment de changer de religion, d’afficher ouvertement sa différence et de faire face aux critiques, aux remarques désobligeantes et de résister aux pressions de la famille, des amis et de la société en général fait appel à des ressources intérieures aussi importantes que pour celles des 32% des sujets de Milgram qui ont refusé d’administrer les chocs électriques et des 24% des sujets de Asch qui ont refusé de se conformer. De plus, absorber l’assaut parfois virulent de l’opinion publique véhiculée par les médias à grands coups de préjugés et de jugements de valeur sur l’équilibre psychologique des personnes qui adhèrent à une religion minoritaire, sur leur présumée vulnérabilité personnelle, sur leur faiblesse d’esprit et leur manque d’esprit critique exige beaucoup d’indépendance et d’anticonformisme. Il est tellement plus facile de répéter machinalement l’opinion de la majorité que d’affirmer des positions contraires. Plus le groupe est en cohésion, plus il est difficile de résister.

Les résultats des expériences sur le conformisme nous indiquent qu’il est plus facile d’aller à l’encontre de l’évidence que d’aller à l’encontre du jugement et de l’opinion des autres.  Actuellement, les opinions négatives à l’endroit des «sectes» sont tellement ancrées dans le discours populaire qu’on croit et répète tout ce qu’on en dit sans remettre en question et encore moins nuancer ces croyances.

En somme, résister aux pressions de la majorité est excessivement sain pour l’évolution d’une société. Comme disait un philosophe, lorsque tout le monde pense de la même façon, il faut se méfier. Rappelons, pour s’en convaincre, que Adolf Hitler a été élu par la majorité et que le 2 août 1934, celui-ci a cumulé les fonctions de président et de chancelier et reçu le serment de fidélité des militaires. Un référendum approuva cette concentration des pouvoirs par 90% de « oui »[16] ! Ne croyez-vous pas qu’il devait être très difficile d’affirmer que l’on était contre Hitler ; que l’on s’opposait aux camps de concentration ; qu’il était inacceptable et inhumain de massacrer les juifs ? L’histoire regorge d’exemples où l’adoption d’une pensée unique au sein d’une population pouvait devenir extrêmement dangereux. Ce n’est probablement pas pour rien que les résistants et les dissidents de tous ces régimes totalitaires préféraient s’enfuir plutôt que d’afficher ouvertement leur opposition. Et rappelons que nous parlons ici d’une très faible … minorité !

Les abus et l’exploitation financière des fidèles

Aux accusations de manipuler les faibles d’esprit grâce à de vicieuses méthodes de persuasion, ajoutons qu’on accuse aussi Le Maitreya Raël d’exploiteur qui soutire l’argent des poches de ses pauvres victimes. Est-il nécessaire de dire que toute organisation, depuis les clubs de curling jusqu’aux organisations politiques et aux grandes religions, demande des contributions financières à ses membres ? Que toutes les organisations, les associations, les partis politiques et les religions ont un membership (ou une dîme), font des campagnes de levées de fonds, vendent des gadgets (livres, magazines, t-shirts, macarons, casquettes, emblèmes, etc.), invitent les gens à faire des dons lors de leurs activités, etc… Mais lorsqu’il s’agit des minorités religieuses, on se scandalise et on dénonce des supposés abus de pouvoir du gourou et lève le spectre de la fraude. Parlant de fraude, est-il nécessaire de rappeler toutes celles de l’Église et celles de nos élus politiques?

Encore une fois, on pointe du doigt et on critique le Mouvement Raëlien de demander des cotisations à ses membres. Encore une fois, la façon tendancieuse avec laquelle on adresse la question laisse supposer que cette pratique est exclusive aux minorités religieuses. Pourtant, toutes les organisations le font et personne ne dit que le Pape prend l’argent des catholiques ou le Dalai Lama celui des Bouddhistes. Lorsque les questions d’argent touchent les grandes religions traditionnelles majoritaires, personne n’y trouve à redire, mais quand c’est une minorité on accuse le leader de «voler ses fidèles».

Aucun animateur de radio ou de télé ne lancerait de telles accusations contre l’Archevêque de Montréal , le Grand Rabbin ou le Dalai-lama s’ils participaient à une émission de télévision. Mais pour une Nouvelle minorité religieuse alors là c’est permis.

Rappelons enfin que contrairement aux responsables des grandes religions, Le Maitreya Raël ne reçoit aucun salaire du Mouvement… et rappelons que participer financièrement à un organisme, une association, à une religion est une pure question de liberté fondamentale. Tout individu peut faire ce qu’il veut de son argent après avoir payé ses impôts.

* * *

 Ce qui ressort de notre discours ici est diamétralement opposé aux opinions d’une majorité de gens qui, à l’instar des psychiatres Pierre Mailloux et Jean-Marie Abgrall et des journalistes comme Richard Martineau, Franco Nuovo, Paul Arcand et bien d’autres, répètent à tout vent que les membres des minorités religieuses sont «des faibles d’esprit et des dépressifs manipulés et abusés par leur gourou». La normalisation dont on accuse les membres de minorités religieuses concerne en réalité les membres de la majorité. Une question se pose donc ici : pourquoi les gens se conforment-ils autant à la majorité ? Ou encore, pourquoi est-il si difficile de résister à la pression et aux influences de la majorité ?

Référons-nous d’abord aux travaux de recherche de Darley et Latané. Ils ont mis au point une série d’expériences dont l’objectif était de vérifier l’effet de la présence des autres sur la décision d’aider. Ils ont découvert que si une personne est seule à pouvoir apporter son aide à quelqu’un qui en a besoin ou à intervenir pour aviser qu’un incendie ou un accident vient d’arriver, 85% des participants vont réagir positivement. Toutefois, du moment où la personne est en présence d’une autre personne, c’est 62% qui vont intervenir et s’ils sont quatre ou plus, le pourcentage chute à 31%. Dans certaines expériences, c’est moins de 10% des gens qui interviennent pour aviser d’un danger potentiel. Darley et Latané ont nommé ce phénomène «diffusion de la responsabilité [17]», qui se définit comme étant une division de la responsabilité de poser un acte d’aide en autant de parties qu’il y a de personnes témoins de la situation exigeant de l’aide. Nous reviendrons sur cette théorie un peu plus loin.

Une autre théorie nous aide aussi à comprendre le problème de la majorité : la théorie de la consistance cognitive, développée par Fritz Heider [18]. Celle-ci explique que tout être humain cherche à conserver une cohérence interne, en adoptant par exemple une attitude qui soit en accord avec ses croyances.

Ainsi, par exemple, si quelqu’un constate qu’il adopte une opinion divergente de celle d’une personne qu’il aime, ou encore qu’il partage une opinion similaire à une personne qu’il n’aime pas, celui-ci aura tendance à réagir à cette incohérence interne. L’état de malaise provoqué par ce type de situation poussera la personne à modifier son attitude, soit face à la personne envers qui elle diverge d’opinion, soit envers sa propre opinion.

Ainsi, pour rétablir sa cohérence interne, ou sa consistance cognitive, la personne devra évaluer le poids qu’elle accorde à son opinion et celui qu’elle accorde à la personne avec qui elle a un différent. Si la personne qui a une opinion différente de la sienne est marginale, rejetée ou détestée par la majorité, additionné du conformisme aux gens qui sont autour et à l’opinion de la majorité de ces gens, son attitude en sera d’autant plus influencée.

En conclusion

Ainsi résumons nous. Non seulement il est faux de prétendre que les personnes qui adhèrent à des minorités religieuses et assument leur choix au même titre que tout autre choix dans la vie, présentent des caractéristiques de faiblesse d’esprit ou de vulnérabilité psychologique qui les placent sous le joug d’un gourou qui use de manoeuvres de manipulations mentales, mais au contraire, ils font preuve d’une grande force de caractère, disposent de traits personnels qui leur permettent d’aller à l’encontre de la vague du politiquement correct et de la pression sociale de la majorité, et ont des ressources qui leur permettent de faire face à l’adversité, aux jugements des autres et au rejet de leur proches. Ils sont anticonformistes.

Par ailleurs, non seulement les prétendues manoeuvres de manipulation mentale, fort suspectes d’un point de vue épistémologique et empirique ne sont pas le propre des minorités religieuses et de leurs leaders, mais s’il en est, agissent beaucoup plus fortement sur la majorité. On le voit notamment lorsqu’il s’agit de venir en aide à quelqu’un de marginal qui est malmené par les autres, par l’incapacité à distinguer les idées d’une personne de la personne elle-même, et d’être incapable d’admettre qu’un individu puisse avoir des idées intéressantes sans avoir l’impression de devoir adhérer à l’ensemble de celles-ci ou à l’organisation dont il fait partie. On adopte ainsi des positionnements «en bloc» rejetant par conséquent toutes les idées de cette personne,  quitte à devoir contredire ses propres opinions et à adopter des attitudes que l’on se plaisait à dénoncer dans un autre contexte. Enfin, et il faut le répéter, ce n’est pas des minorités qu’il faut se méfier. C’est de la majorité.

Lorsque tous ces mécanismes psychosociaux sont en place et que des comportements discriminatoires s’installent, on commence à traiter les membres des minorités, qu’elles soient raciales, sexuelles, politiques ou religieuses comme des sous-citoyens et à limiter leur droits.  C’est malheureusement ce qui a toujours conduit des sociétés à des actes extrêmes, dont la progression est insidieuse comme ce fut le cas en Allemagne nazie, où on a commencé par des rumeurs anti-sémites, pour en venir à une propagande ouverte contre les Juifs, à publier une littérature anti-sémite, puis à l’adoption des «lois de Nuremberg» [19], à la «Nuit de cristal», pour conclure avec la «Solution finale».

On a tendance à trouver cette analogie exagérée. Mais pourtant, actuellement, il est permis d’adopter un discours anti-secte sans que personne ne s’insurge, de publier des ouvrages anti-sectes biaisés et complètements partiaux, d’organiser des émissions de télévision où on y invite des membres de minorités religieuses pour les lyncher littéralement, attenter à l’intégrité physique d’un leader spirituel minoritaire devant une élue politique qui applaudit le geste et même de voter une loi anti-secte [20]. Quelle est la prochaine étape ?

J’aimerais terminer sur cet extrait d’un texte de Alain Bouchard, qui résume très bien une partie de la problématique décrite ici :

«La réaction que suscite la présence des nouvelles religions au Québec est très intéressante, elle est même révélatrice d’une dynamique sociale particulière. Alain Bouchard (2001) a montré comment le modèle de la secte qui se dégage des articles de journaux semble relever de la « légende urbaine », ces histoires fictives qui deviennent plausibles socialement et qui expriment de façon inconsciente les préoccupations des individus qui les créent et les propagent. Ces rumeurs sont des récits cathartiques qui fournissent au groupe social un scénario acceptable pour substituer un ordre à la dissonance générée par l’évolution et la destruction des formes traditionnelles de socialisation.

Les récits sur les nouvelles religions deviennent donc des moyens pour dire que l’on n’aime plus l’institution religieuse traditionnelle et pour identifier un coupable à l’échec familial dans la transmission des valeurs. On reprend alors le scénario typique de l’« étranger » et de l’« enlèvement », l’ogre des fables refait surface sous le masque des sectes. Comme dans les légendes urbaines, les récits médiatiques sur les nouvelles religions pointent les préoccupations d’une époque et identifient un bouc émissaire révélateur des angoisses d’une société. La secte menace l’avenir du groupe (les jeunes) en les faisant basculer dans l’irrationnel, qui est l’inversion du mythe fondateur moderne : la rationalité, la science.  La secte c’est plus que l’autre, c’est finalement l’inversion de nous autres. [21]

  • [4] (Voir : http://membres.lycos.fr/mhchbv/suicide.htm)
  • [5] Voir : http://www.who.int/inf-pr-2000/fr/cp2000-31.html
  • [6] Selon Statistique Canada, c’est 10,4% de la population qui souffre chaque année de troubles mentaux importants6. Voir Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : santé mentale et bien-être, Statistique Canada, http://www.statcan.ca/Daily/Francais/030903/q030903a.htm
  • [7] Voir : http://www.cesnur.org/testi/molko_brief.htm et http://www.cesnur.org/testi/lavage.htm
  • [8] C’est ce que pretend le psychiatre Jean-Marie Abgrall. Voir :
    http://www.psyvig.com/manipulation_mentale.php?uid=266ffdf09f592abb62049f708869405d
  • [9] Ces deux auteurs aont aussi publié d’autres ouvrages sur le sujet dont :
    - R. V. Joule et J.- L. Beauvois, La psychologie de l’engagement, Pour La science, no 317, mars 2004
    - R. V. Joule et J.- L. Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Presses Universitaires de Grenoble, 2002.
    - R. V. Joule et J.- L. Beauvois, La soumission librement consentie, Presses Universitaires de France, 1998.
  • [10] Milgram, S. (1964). Behavioral study of obedience, Journal of Abnormal and Social Psychology, 67, 371-378,
  • [11] Asch, S.E. (1951) Study of independence and conformity: A minority of one against a unanimous majority. Psychological Monographs, 70, 416.
  • [12] Voir pour un excellent résumé: Cialdini, R.B. (2004) The Science of Persuasion, Scientific AmericanMind, special edition, 34(1),70-77.
  • [13] Voir : Bouchard, A. Les « nouveaux mouvements religieux » et le phénomène des « sectes »

    http://www.erudit.org/livre/larouchej/2001/livrel4_div21.htm

  • [14] Il s’agit de l’expérience de Meeus et Raaijsmalkers (1986), relatée dans Bédard, L., Déziel, J et Lamarche, L. (1999) Introduction à psychologie sociale, ERPI
  • [15] À titre d’exemple, voici une expérience réalisée par Nicolas Guégen, de l’Université de Bretagne-Sud, et Alexandre Pascual, de l’Université de Bordeaux. Vous attendez le bus. Un inconnu vous aborde : « Excusez-moi, je viens de réaliser que j’ai oublié mon porte-monnaie. Il faut absolument que je prenne le bus. Pouvez-vous me dépanner ? » Que faites-vous ? Reconnaissez qu’on n’accède pas volontiers à de telles requêtes dans la rue. De fait, [11] pour cent seulement des personnes ainsi sollicitées acceptent de rendre service. Pourtant, il suffit de peu de choses pour que ce pourcentage augmente. Cette fois, l’inconnu (un expérimentateur) avait pour consigne, après avoir formulé sa demande exactement comme la première fois, d’ajouter : « Évidemment, vous êtes libre d’accepter ou de refuser. » Avec cette petite phrase supplémentaire, 44 pour cent des personnes sollicitées se sont montrées serviables. Tiré de R. V. Joule et J.- L. Beauvois, La psychologie de l’engagement, Pour La science, no 317, mars 2004.
  • [16] Source: http://lemondedelilly.chez.tiscali.fr/hitler.html
  • [17] Darley, J.M., Latane, B. (1968). Bystander intervention in emergencies: diffusion of responsibility. J Pers Soc Psychol; 8(4): 377-83.
  • [18] Voir Vallerand, R.J. et Thill, E.E., (1993). Introduction à la psychologie de la motivation, Études Vivantes.
  • [19] Ces lois restreignent les droits des juifs et assurent le caractère raciste du gouvernement nazi « Pénétré de la conscience que la pureté du sang allemand est la condition du maintien du peuple allemand, animé de l’inflexible volonté d’assurer l’avenir de la nation allemande, le Reichstag a adopté à l’unanimité la loi suivante:
    - Les mariages entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilés sont interdits.
    - Le rapport extraconjugal entre Juifs et sujets de sang allemands et assimilés est interdit.
    - Il est interdit aux Juifs de pavoiser aux couleurs allemandes.
    - Les infractions au paragraphe 1 seront sanctionnées par une peine de réclusion. Celles au paragraphe 2 seront sanctionnées par une peine d’emprisonnement ou une peine de réclusion.
  • [20] La loi anti-secte votée par La France le 30 mai 2001.
  • [21] Tiré de: Bouchard, A. Les « nouveaux mouvements religieux » et le phénomène des « sectes »

    http://www.erudit.org/livre/larouchej/2001/livrel4_div21.htm

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